La diffusion des « petits auteurs »

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J’entends par ce dernier terme la cohorte des auteurs anonymes, de grand ou de moindre talent, atteints par le virus de l’écriture et qui n’ont pas eu jusque là l’heur de percer dans les médias de notre société avant tout commerciale, dans le cadre d’un commerce lui-même en crise aujourd’hui, et ce au sein d’un secteur pas mieux loti : l’édition.

Ces jours-ci, à l’occasion du salon du livre de Paris, ont éclos des articles et manifestations attirant l’attention sur la grande difficulté de la condition d’auteur. Étaient d’abord visés les auteurs « institutionnels », peu ou prou reconnus.

Que dire des quasi anonymes ?

S’ils arrivent à trouver un petit éditeur, ­ ce qui n’est déjà pas une mince affaire quand ils souhaitent être édités à compte d’éditeur et ne pas investir leurs deniers dans la production de leurs livres, ­ celui-ci n’a guère les moyens de se payer une diffusion vraiment efficace et ne peut concurrencer les gros diffuseurs auprès des libraires.

Cet auteur-là, une fois épuisé le cercle de ses amis et connaissances plus ou moins réactif, n’a d’autre recours que de « mouiller la chemise » et  tenter de vendre lui-même ses propres ouvrages.

Il a pour cela la possible fréquentation des salons du livre. Et de nos jours, en France, malgré les trésors d’énergie et de bonne volonté déployés souvent par les organisateurs, force est de constater que le public, maintes fois, n’a ni les moyens ni l’envie d’acheter un produit qu’il considère comme cher : le livre papier venant d’un auteur presque inconnu (deux paquets de cigarettes ?). Pour beaucoup de personnes la culture est aujourd’hui un luxe et l’on voit dans ces salons beaucoup de gens déambuler , trop rarement curieux.

Les gros salons, quant à eux diffusent souvent via un ou des libraires qui prennent une part non négligeable du produit de la vente, bien supérieure à celle de l’auteur ; ils facturent des frais d’inscription et de location de matériel (table, grilles). Généralement, seuls les quelques auteurs « invités » comme tête d’affiche voient leur hébergement et déplacement défrayés.

Il y a pour notre auteur, par ailleurs, la possibilité que représentent les séances de dédicaces dans les espaces-librairie des grandes surfaces. L’auteur doit trop souvent laisser au magasin une marge commerciale qui lui laisse « des clopinettes ». Le public sait-il que la vente d’un livre peut rapporter à l’auteur un euro ?

Dans ces conditions , nombre de ces « petits auteurs », échaudés parfois par certains – bien nombreux – marchands de rêve qui ont fleuri sur ce terreau délétère et qui exploitent la crédulité des candidats à l’édition, se tournent vers l’auto-édition où, en cas de petit succès, ils encaissent une part plus importante du produit de leur labeur, mais cette voie, elle aussi, n’est pas exempte de difficultés (reconnaissance du milieu, acceptation dans certains salons, diffusion etc).

Vous le voyez, la condition d’auteur n’est pas une sinécure. Il nous reste cependant la joie (gratuite ? 😉 ) de la création et parfois s’y ajoute même la reconnaissance… posthume, 🙂

Allez, les amis, continuons d’écrire, envers et contre tout ! Sans auteurs, pas de livres.

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16 réflexions sur “La diffusion des « petits auteurs »

  1. Je partage bien évidemment ton avis Claude. Toutefois il faut y mettre un bémol. Beaucoup de personnes aujourd’hui se prétendent auteurs et n’en n’ont pas les codes. De ce fait, les bons auteurs de petites maisons d’édition ou auto-édités se retrouvent noyés dans la masse des médiocres voir mauvais et le public n’a plus confiance. Quand on achète un ou deux livres d’auto-édités mauvais, on fini par croire que c’est le cas de tous.
    Il faut que l’auteur fasse un grand travail avant la sortie de son livre. Un travail de correction, soigner sa mise en page et surtout avoir une belle couverture.
    Dans le cadre de ce que nous proposons avec auto-édition assistance, nous pallions aux lacunes des auteurs et leurs proposons des prestations (a tarif préférentiels) pour amélioré la qualité de leur livre.
    Voici l’avis de Stéphanie Herisson (Libraire) sur les qualités que doivent avoir un livre pour qu’elle le vende dans sa librairie et reçoive l’auteur en dédicace :
    « Lorsque je reçois un livre d’un auteur auto-édité ou d’une petite maison d’édition, il faut d’abord que je détermine si le livre peut intéresser le lecteur. En premier lieu, je regarde la couverture. Si elle est attrayante, les clients auront envie de prendre le livre en main pour le feuilleter. La couverture, c’est 50% de la vente d’un livre.

    Puis, je regarde la mise en page. Si celle-ci est mal proportionnée, pas attirante, chargée, etc., le lecteur n’aura pas envie d’en savoir plus.

    Ensuite, je feuillette le livre et en parcours quelques passages. S’il est truffé de fautes d’orthographe, de syntaxe, de grammaire, bref pas écrit en français. Je ne prendrai pas le risque de me discréditer auprès de mes clients.

    Bref, un livre peut raconter la plus belle histoire du monde, s’il n’y a pas eu un vrai travail éditorial dessus, il n’a aucune chance de trouver son public.
    Lorsque j’ai rencontré Paskal Carlier des Editions du Préau, et qu’il m’a présenté le livre H.E.R.O.S. de Laurent Luna qu’il avait édité, j’ai tout de suite vu que cette qualité éditoriale était présente. La couverture était attrayante, la mise en page soignée et le texte écrit sans fautes. Aussi, j’ai pris le temps de lire ce livre, puis je l’ai mis en vente et ai invité l’auteur en dédicace. Les ventes ont été au rendez-vous et ça a été le cas pour tous les livres de cette maison d’édition.

    Alors, quand Paskal Carlier m’a fait part de son envie d’apporter son soutien aux auteurs auto-édités en créant l’association Auto-édition assistance avec des personnes qui ont œuvré pour les Editions du Préau (Sylvie Carlier pour les corrections, Fanny Etienne Artur pour les couvertures et Marcel Trevit pour les biographies), j’ai trouvé le concept très intéressant, d’autant que les tarifs demandés pour les prestations sont très raisonnables, à côté de ceux pratiqués chez des « éditeurs » à compte d’auteur.

    Parce que je reçois trop souvent des livres d’auto-édités ou d’édition à compte d’auteur qui pourraient être de bons livres s’il y avait juste eu un travail éditorial fait dessus, j’ai pensé que mon regard de libraire serait un plus pour cette association. Aussi j’ai accepté d’en prendre la présidence et je suis certaine qu’elle rendra de bons services aux auteurs. »

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    1. Tu as raison, Paskal, il faut avant tout penser au futur lecteur. Merci du passage et aussi de rappeler l’importance de la couverture :  » La couverture, c’est 50% de la vente d’un livre. » parole de libraire. 😉

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      1. Bé alors, ça vaut pas le coup de se crever à écrire, si la couv fait tout… Je me souviens d’une époque, où le livre devait se vendre SANS couv, car elle était uniforme et similaire pour tous;.. Non, personnellement je me moque de la couv, c’est la 4ème qui m’intéresse, et feuilleter quelques pages, ou lire les premières sur le web quand cela est possible…

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      2. Agnès : Nous sommes aujourd’hui dans un système de consommation au coup de coeur. Les gens voient des milliers de livres sur le net et dans les librairies, donc oui l’accroche de la couverture est primordiale et va déterminer la vente ou pas. C’est pour cela que les libraires mettent certains livres d’auteurs inconnus en avant et qu’ils fuient les éditions genre « Edilivre ». Bon en même temps, si l’intérieur est tout pourri le libraire ne le prendra pas non plus….

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  2. Eh bien, moi aussi, je trouve cet article pertinent. Il me semble vrai que les « petits auteurs » noyés dans l’immense jungle amazonienne ( la plus connue…), sont tous mélangés. Non seulement, les bons et les mauvais, ceux qui ne font pas de faute avec ceux qui en font, mais ils sont aussi perdus dans la masse des internautes seulement intéressés par le fric c ceux là veulent vendre à tout prix quelque chose dont il savent pertinemment que c’est de la camelote. Du fric pour du fric quoi, sur des sujets divers. Ce sont des petits malins sont qui généralement respectent mieux l’orthographe mais jamais le lecteur qu’ils cherchent à truander . C’est donc au lecteur de prendre le temps de faire le tri dans cette nasse où grouillent tellement de gens…. Pas toujours facile.
    Le lecteur un peu avisé peut tout de même télécharger un extrait, s’intéresser au résumé, au design de la couverture, aux commentaires et enfin se renseigner sur les autres livres publiés par la maison d’édition s’il y en a une, pour finalement faire un choix. N’est ce pas ce que nous faisons lorsque nous allons à la FNAC (une fois franchis et dépassé les gondoles des best sellers) ?
    La Fnac aussi vend des trucs minables « attrape lecteurs « …
    De toutes façons, l’auteur qui a envie d’écrire, écrit pour son plus grand bonheur. S’il ne fait pas celui des autres eh bien tant pis.

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    1. Voilà pourquoi vous ne trouverez pas de livres de ma maison d’édition sur Amazon, car cela ne sert à rien. Je préfère travailler avec des petites librairies qui prennent le temps d’écouter nos arguments, regarder nos livres et s’ils ont le temps les lires. De plus il y sont parfois mis en avant et les auteurs invités en dédicace. Je ne veux pas me vanter, mais en 5 ans d’existence et sans amazon, aucun des titres dont je suis l’éditeur ne c’est vendus à moins de 500 exemplaires et plus des 3/4 ont dépasser les 1000 ventes. Toutefois en amont il y a un vrai travail éditorial : Relecture/correction (pas par moi car je suis une quiche), mise en page soignée et surtout une belle couverture. De plus travaillant avec des imprimeurs et avec des tirages de minimum 500 ex, je peux pratiquer des prix raisonnables.

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  3. Un débat très intéressant. Ce que je trouve formidable aujourd’hui, chaque auteur peut trouver sa place et toucher son public. Bien sûr, cela donne un monde confus où on a du mal à s’y retrouver mais c’est aussi l’occasion de belles découvertes 🙂

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      1. Oui c’est vrai, être auteur est difficile mais comme beaucoup d’autres métiers. Je ne connais pas une période de l’histoire où les créatifs, les artistes en tous genres n’ont pas crevé de faim de nombreuses années avant d’atteindre la reconnaissance… ou pas 🙂

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