Le collège en question

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J’ai un peu hésité avant de vous donner mon sentiment sur la réforme des collèges qu’on nous prépare aujourd’hui. Elle n’est pas loin de couper la France en deux camps et la polémique, avec ses arrière-plans politiques, est-elle vraiment utile ? Chacun a ses idées et on en convaincrait bien peu. Mais ne pas le faire ne serait pas très courageux.

Personnellement j’ai choisi mon camp. C’est l’affaire de chacun ; qu’il se forge ses convictions.

Né en 1949 dans un milieu des plus modestes, j’ai pu m’élever un peu dans l’échelle sociale jusqu’à obtenir une agrégation grâce à notre école qui savait alors valoriser les talents et le mérite. Trop peu encore m’objectera-t- on ; sans aucun doute. On peut toujours améliorer les choses, au moins essayer de faire mieux.

Pour tenter d’y remédier surgirent des vagues de réformes inspirées à l’origine au moins et pour la plupart ensuite par les idées du plan Langevin-Wallon ( élaboré de 1944 à1947).

J’ai commencé à enseigner en 1971 et je l’ai fait jusqu’en 1993, puis pendant 19 ans j’ai travaillé comme cadre d’un syndicat enseignant, restant donc près des problèmes du monde éducatif.

A partir de 1975, avec la réforme Haby, vint le « collège unique » et j’ai alors vu le niveau général de l’enseignement secondaire baisser, très progressivement mais constamment, de très nombreuses études l’attestent. On sait ce qu’il en est aujourd’hui, il suffit de regarder un peu autour de soi.

Il a fallu que j’attende l’année 1989 pour qu’un élève, en seconde d’un lycée général, à qui je demandais de rendre compte de son travail dise à haute voix dans la classe : « mais il me prend la tête, lui ! » Ce jour-là j’ai été surpris ; je crois que cela n’étonnerait pas beaucoup de professeurs aujourd’hui ; le remarqueraient-ils, du reste ?

Toutes les tentatives de réformes , dites de démocratisation, n’ont à mon sens que fait empirer le mal. Les parents plus fortunés ont encore la possibilité de payer des écoles privées, ce qui n’aurait pas pu être mon cas autrefois.

Je ne reviens pas sur les travers que beaucoup dénoncent dans le nouveau projet qu’on veut faire passer, la presse en a fait largement écho ; je veux simplement dire que je ne crois en rien à l’efficacité des mesures annoncées, pleines de bonnes intentions affichées certes.

Je pense que ces dispositions, allant toujours dans le même sens que les précédentes, seront surtout pernicieuses, comme la plupart de celles qui furent prises jusqu’ici, avec pour résultat le contraire de l’objectif proclamé. On dit ce que l’on veut, mon expérience fait que je n’y crois pas.

Ceci n’est que mon intime conviction.

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23 réflexions sur “Le collège en question

    1. Oui, c’est la loi l’instaurant qui est de 1975. Mais les changements étaient permanents : à la rentrée 1974, j’ai dû choisir définitivement entre le lycée et le collège où j’étais affecté l’année précédente, enseignant alors aux deux niveaux.

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  1. Pour ne parler que du Latin (j’en parle à l’aise, n’étant que Lett. Mod), qui a dit qu’il était réservé à une élite? Autant que l’on sache, chacun est libre (pardon, « était » libre) de choisir cet enseignement. Si cette discipline induit une inégalité, pourquoi ne pas la rendre obligatoire pour tous? Poser la question c’est y répondre. L' »élite » dont il est question ne relève pas du niveau social mais de l’individu. Vachement inégalitaire comme constatation!
    Donc le choix idéologique est fait: celui d’un enseignement que le syndicat dont tu parles qualifiait naguère de « procustolaire ». « Veux voir qu’une tête! » gueulait mon adjudant. Faute de pouvoir aligner vers le haut, on écrête.
    Une dernière remarque: ça n’agace personne ces vaillants défenseurs qui, lorsqu’ils ne parlent pas simplement de leurs horaires, de leur poste, ne mettent en avant que les racines du Français? Moi, je croyais sottement que l’intérêt premier était l’apprentissage de la rigueur, de la méthode. Mais je dois me tromper.

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  2. c’était comment avant le collège unique? je ne comprends trop ce que ça veut dire.

    perso, mon deuxième a fait option latin en 5ème, je ne vois pas trop en quoi c’est élitaire d’étudier cette langue puisque tous les collégiens le peuvent s’ils en font la demande. et mes deux garçons ont de bonnes notes en classe et sont respectueux de l’enseignant. tout est affaire d’éducation et pas forcément à coup de bâton (je n’ai jamais frappé mes enfants, pas même une fessée)

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    1. Elisabeth , regarde Wikipédia : « En 1963 sont créés les collèges d’enseignement secondaire (CES) destinés à remplacer les premiers cycles des lycées : le lycée fait désormais suite au collège. Mais dans le cadre du CES, se maintiennent des filières très hiérarchisées.

      La filière I, subdivisée avant 1969 en section classique et section moderne long, a comme objectif de mener les élèves au lycée, dont il constitue l’ancien premier cycle;
      La filière II, ou moderne court avant 1969, correspondant aux C.E.G., de les mener au collège technique;
      La filière III, divisée en classes de transition en 6e-5e et terminale pratique en 4e-3e, d’assurer la transition vers la vie active. Les passerelles entre les cursus existent mais sont difficilement empruntées. »

      Les élèves étaient orientés selon leurs aptitudes.

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      1. ok merci pour l’info. en effet, ça avait l’air plus logique comme ça. les politiques ont vraiment fait du grand n’importe quoi, même à l’époque

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  3. Claude, je te remercie d’avoir écrit cette note. Je suis loin du monde enseignant. J’ai fait mes études dans des écoles laïques bien qu’etant issue d’un milieu catholique comme beaucoup de français. Comme j’aimais beaucoup les lettres, j’ai fait du latin et du grec et j’ai passé le bac A’ oú il y fait aussi des maths. A l’epoque déjà, je suis née en 45, cet enseignement était ouvert a tous mais etait consideré souvent comme difficile ét inutile pour la vie professionnelle future. Beaucoup choisissaient donc la série B et peu d’autres la série C axée sur les maths. Personnellement, il me semble que j’ai été très structurée par l’etude de ces deux langues puisque toutes les racines de la nôtre y puisent. Je m’en sers presque tous les jours quand je ne comprends pas un mot. Je suis personnellement très déçue si on supprime ces langues qui seront donc mortes deux fois. Peu être que dans le monde d’aujourd’hui qui va si vite avec la mondialisation, la technique et l’informatique, ces études  » encombrent » car les jeunes aiment zapper. Mes petits enfants préfèrent leur iPod et les selfies a l’étude des vieilleries. Que faire ? Je ne sais pas. Le monde ancien s’engloutit. Un monde chaotique s’ouvre devant la jeunesse. Le langage texto me fait parfois sourire. Les jeunes sont pleins de vie. Je vais bientôt disparaitre moi aussi. Je regrette que les enfants n’en fassent qu’a leur tête car les parents n’en ont plus. Ils sont formatés par la télévision, par la mode ét par l’hédonisme ambiant. Je vais disparaitre bientôt moi aussi. Je n’ai pas de réponse a cette question éducative comme à beaucoup d’autres. Je suis pessimiste mais optimiste aussi car je suis assez gaie. Bises et merci

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  4. Cette réforme est sûrement pavée de bonnes intentions, malheureusement dans les faits, elle risque de se heurter à la réalité. On remet en cause des enseignements qui fonctionnent et les professeurs se plaignent de ne pas avoir été informé.
    Beaucoup pense qu’il est pourtant important de réformer.
    Quelque part, cela montre peut-être notre impuissance à comprendre les jeunes aujourd’hui.
    En tant qu’enseignante,je ressens bien cette difficulté d’enseigner aujourd’hui

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    1. Mon cher Claude,

      Je suis entré dans l’enseignement en 1966. Le ministère s’appelait encore « de l’instruction publique », ce qui, à l’époque, signifiait encore quelque chose.
      Nous avons enseigné la même langue, avec tous les aléas que nous avons pu connaître au cours de notre carrière. Et notamment des réformes, à croire que chaque nouveau sinistre(excuse le mauvais jeu de mot très facile) veut attacher son nom à une réforme, toutes plus désastreuses les unes que les autres). Mais, personnellement, je crois que la dernière bat tous les records. Et le fait de la mettre en vigueur le lendemain des manifestations d’enseignants contre (avec trucage des statistiques comme d’habitude) montre bien le cynisme de nos dirigeants et le mépris qu’ils ont pour les enseignants Sous couvert d’égalitarisme, on va aboutir à un nivellement par le bas. Je me fais du souci pour mes petits-enfants qui sont à l’apprentissage des fondamentaux : leurs grands-parents vont avoir du travail en perspective. Je voudrais bien savoir également quel genre d’école fréquentent ou vont fréquenter les enfants ou petits-enfants de ceux qui ont la prétention de diriger le pays. Déjà la soi-disant réforme des rythmes scolaires est loin d’être le succès dont se targue déjà le ministère Cela m’étonnerait que les cours de zoumba qui ont lieu dans certaines écoles aident ces gamines et ces gamins à trouver du travail dans une dizaine d’années.
      Je pourrais encore continuer longtemps sur ce sujet qui me tient toujours à cœur, bien que je sois en retraite depuis un bon bout de temps. Mais le fait de voir toutes les con…… qui affectent l’enseignement me révoltent toujours autant.

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      1. Oui, et le pire , c’est qu’on trompe le peuple en lui faisant croire que l’on démocratise : nous savons toi et moi, pour avoir des années enseigné dans ces conditions, ce qu’il en est en réalité. On nous dit maintenant que c’est parce qu’on n’est pas allé vraiment ni assez loin dans cette (funeste) direction. C’est une bouffonnerie.

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  5. Bonjour Claude. J’étais instituteur jusqu’en février 2014 et j’ai laissé ma classe à cette date. Je n’y suis pas retourné et c’est définitif. Je refuse de collaborer au démantèlement de l’école à laquelle j’ai consacré toute ma vie professionnelle. De 19 à 53 ans. J’ai demandé diverses reconversions puis une démission avec Indemnité de départ volontaire. Tout a été refusé. J’ai fait une formation en sophrologie analysante et sans cette IDV, je n’aurai pas les finances pour ouvrir un cabinet libéral. Je suis donc en congé longue durée et sans aucun horizon. L’EN sait que je ne retournerai pas en classe. Mon dossier de démission fait 420 pages alors personne ne s’aventure à opposer à mon expérience du terrain des discours politiques. J’ai été convoqué 19 fois en un an et demi dont quatre fois en hôpital psychiatrique. Mis à demi salaire pendant cinq mois pour une soi-disant « erreur administrative ». Cette réforme des rythmes scolaires est venue à un moment où je m’interrogeais fortement sur la continuité de ma mission enseignante. Lorsque des mamans vont se plaindre de moi à la directrice sans m’en informer et sans que la directrice ne m’invite à participer à la réunion, il est évident pour moi qu’il est temps de partir. Lorsqu’il n’y a plus ce respect de l’enseignant et que des « collègues » se rangent systématiquement du côté des fammiles alors que je m’évertue à canaliser le manque éducatif des enfants pendant 80 % de mon temps, le constat est simple. Ce métier est mort. J’ai écrit là-dessus pendant mes trois dernières années de classe. Si cette lecture vous dit : http://la-haut.e-monsite.com/pages/cahier-de-nuit-1.html
    Bien cordialement.
    Thierry

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  6. Claude, nous nous sommes croisés sur le forum des jeunes écrivains puisque nous partageons une passion commune pour l’écriture 😉 Votre travail de sélection des maisons d’éditions est un outil très utile.
    Oui, Manou, nous sommes muselés et je n’ai pas trouvé d’autres solutions pour m’en sortir que de tout arrêter. A vouloir être le fruit dans la pomme, j’ai fini par pourrir avec lui. C’est fini. Maintenant, je me reconstruis.

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      1. Sur LU ? Ouhla, ça remonte à loin ça ^^ Je n’ai même plus le lien pour y retourner d’ailleurs. C’était quoi le nom du site déjà ? La randonnée, c’est top et si tu as l’occasion et que tu ne connais pas, jette un oeil sur le Valgaudemar. On a découvert cette vallée cet été et c’est un sacré coup de coeur. Ca m’a donné envie d’ouvrir un site pour poser toutes mes photos de montagne : http://jarwallahaut.tumblr.com/

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