Dernier extrait de « Chemins croisés » (récit, ed. de la Rémanence)

chemins-croisés flight

La petite actualité du livre (voir à la fin de l’article) m’amène à vous donner à lire ce passage qui est l’épilogue du récit consacré à évoquer une amitié de 60 ans. J’y prends un peu de recul, sortant du concret, pour tâcher de « conclure » la réflexion, … en ouverture, comme il se doit.

… À sa vieille maman il fallut bien dire la vérité – ou presque : on déclara qu’il était mort d’une crise cardiaque, mais elle parut en douter.

   Je mis des mois à accepter la chose. Un dimanche où je déjeunais avec tous mes enfants, évoquant l’événement, j’eus soudain la gorge nouée et, les larmes aux yeux, fus incapable de poursuivre mon récit. Mon fils aîné me tapota l’épaule, en un geste d’une infinie tendresse dont je lui sais gré. Les marques d’affection n’avaient pas beaucoup cours entre nous.

   Un beau jour je résolus de raconter la triste issue, pour honorer mon camarade en lui érigeant ce Tombeau.

Pierre revivra en vous, quand vous lirez son histoire.

 

POSTLIVRE

   Et puis les mois passèrent, la vie continua. Je me résignai à l’inacceptable, jusqu’à devoir l’accepter.

La mort d’un proche pose question ; il est étonnant de voir le monde perdurer comme si de rien n’était. Le jour se lève et se couche comme avant. Alors on réfléchit à son propre destin, au futur aboutissement. Quel est le sens de ce passage, où l’important devient dérisoire ? Le je, centre du monde, se trouve, au bout du parcours, hors du cercle, anéanti, sans que cela apporte de changement significatif.

Jusqu’à quarante ans environ, tant que l’individu est en pleine forme, la mort paraît tellement lointaine qu’elle en devient irréelle : il se croit quasi immortel. La mort, ça concerne les autres, lui est le noyau de l’univers. Pfff…

Lors d’une promenade récente, dans les Alpes, j’ai découvert un arbre, dit là-bas « remarquable ». Il s’agit d’un mélèze auquel une pancarte attribue l’âge de 675 ans, avec une naissance en 1337; devant de telles choses notre anthropocentrisme en prend un coup, n’est-ce pas ?

[ndlr : j’ai depuis entendu parler d’un arbre de 1200 ans auquel on accorde encore une centaine d’années de vie. ]

   On dit que l’étoile filante qu’est l’individu ne s’éteindra pas complètement tant qu’il restera un peu de son souvenir dans l’esprit d’un autre, pourtant tout aussi précaire que lui.

La vie se réfugie dans cette chaîne des momentanément plus jeunes qui subiront le même destin, qui eux-mêmes survivront un temps dans la mémoire de quelqu’un d’autre etc.

   On connaît cette citation de l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité », mais cette connaissance reste abstraite, une formule somme toute ; Pierre et son destin – tout comme d’autres choses – lui ont donné corps pour moi.

N.B. :  En contrepoint absolu à cette sombre méditation, sans toutefois l’annihiler, cette réflexion du philosophe Luc Ferry, juste entendue : « Ce n’est pas parce qu’un morceau de Bach a une fin qu’il n’est pas sublime. »


Jusqu’au 30 ou 31 août la version numérique du livre est en promotion à 2,99 sur le site des éditions de la Rémanence et sur toutes les plateformes d’achat ; la version papier reste à 12 euros (112 pages).

P.S. merci au blog flight of a swallow à qui j’ai emprunté la photo.

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4 réflexions sur “Dernier extrait de « Chemins croisés » (récit, ed. de la Rémanence)

  1. Cher Claude,
    Mes plus lointains souvenirs sont ceux de mes grands-parents et il ne s’écoule pratiquement pas un jour sans que j’aie une pensée pour eux et des bons moments passés ensemble.
    Connais-tu la forêt du Tronçay (Allier), dans laquelle se trouvent quelques chênes millénaires ? C’est effectivement très émouvant de contempler ces vénérables !

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  2. Vrai que nous centrons tout autour de la durée d’une vie. Elle nous semble courte ou longue selon… Mais nous nous étonnons qu’elle ne soit début et fin que pour nous, tandis que le reste continue, ou commence à peine…

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